Au sud du Maroc ou encore vers le nord-est, les marins ont mené plusieurs grèves pour exprimer leur colère vis-à-vis de la hausse vertigineuse des prix des carburants et la politique de « sourde oreille » adoptée par le gouvernement face à cette situation.
Interpellé au sein de l’hémicycle sur la possibilité de plafonner les prix à la pompe pour les professionnels de la pêche maritime, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts, Mohamed Sadiki, a écarté cette possibilité, estimant que les prix des carburants sont soumis au principe de l’offre et de la demande au niveau national depuis sa libéralisation en 2015.
En réponse à une question du député de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), El Mehdi Al Fathemy, le ministre de l’Agriculture a reconnu que de nombreux navires de pêche côtière ont interrompu leur activité dans plusieurs ports du Royaume en raison de la hausse des prix du carburant, indiquant que la raison n’est autre que la guerre en Ukraine et ses effets sur les économies des pays.
Dans ce sens, Mohamed Sadiki a expliqué que depuis 1985, et conformément aux exigences du décret 2.85.890, le secteur de pêche bénéficie de l’exemption totale des droits de douane et de tous autres droits et taxes pour les carburants, combustibles et lubrifiants consommés, au cours de navigations maritimes.
D’ailleurs, sur la période 2010-2016, la valeur de la consommation des carburants de la pêche hauturière a constitué plus de 52 % de la valeur globale de la consommation des carburants du secteur de la pêche et qui s’élevait à 12,6 MMDH, peut-on lire dans le Plan Halieutis 2010-16.
Cette exemption totale des DD et tous autres droits et taxes sur les carburants soutiennent ainsi la productivité et la rentabilité du secteur de la pêche maritime, souligne Sadiki, notant que le soutien alloué actuellement aux professionnels du transport terrestre n’est qu’une mesure exceptionnelle.
Plus tôt dans une interaction avec des questions sur la menace que font peser les hydrocarbures sur la productivité du secteur de la pêche au Maroc, Mohamed Sadiki a admis « le manque de capacités pour fournir un soutien aux professionnels« , notant que « sur la base de ce qui est disponible -financièrement-, les professionnels du transport ont été soutenus pour faire face au coût élevé du carburant« .
Pour protester contre le coût élevé des prix à la pompe, les marins de plusieurs ports marocains, notamment Mahdia, Casablanca, Safi, Essaouira et certains ports du sud, ont observé une série de grèves successives fin décembre 2022, exigeant l’intervention du gouvernement pour mettre fin à l’épuisement de leurs dépenses.
Pour démontrer cet affaiblissement des revenus, les marins et pêcheurs ont cité l’exemple d’une sortie de 4 jours en mer, qui leur revient actuellement à 30.000 dirhams de carburant pour les navires équipés d’un moteur 300 chevaux, alors qu’elle ne coûtait auparavant que 12.000 dirhams.
Ainsi, les professionnels de la pêche maritime dénoncent la « négligence » du gouvernement envers le secteur, estimant que malgré ses problèmes, celui-ci joue un rôle important dans la mise en mouvement de la roue économique du pays sans aucun soutien, contrairement à d’autres secteurs. Ils réclament dans ce sens un plafonnement du prix du gasoil en faveur du secteur de la pêche.
Depuis un moment déjà, les professionnels de la pêche maritime vivent une situation sociale difficile dans les différents ports du Maroc, compte tenu de la hausse exponentielle des prix notamment du carburant, qui constitue l’épine dorsale du processus de pêche maritime, a fait valoir le Syndicat national des officiers et marins de la pêche.
A noter qu’à la veille du 6ème Salon Halieutis, prévu du 1er au 05 février à Agadir, la Secrétaire Générale du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts (Département de la Pêche maritime), Zakia Driouich, a reconnu que le secteur de la pêche maritime occupe une place importante dans le paysage de l’économie nationale et constitue un vecteur essentiel de développement socioéconomique du Maroc.
Fort de ces atouts, le secteur halieutique marocain contribue à environ 2% du PIB national, a-t-elle indiqué dans des déclaration de presse, notant qu’en 2021, la production halieutique a atteint 1,42 million de tonnes (MT) pour une valeur d’environ 15,1 milliards de dirhams (MMDH), correspondant à une progression, aussi bien en volume (+3%) qu’en valeur (+35%) en comparaison à l’année 2020.
De même, a-t-elle dit, le secteur draine d’importantes devises à travers ses exportations totalisant 25,54 MMDH en 2021 avec un volume de 818.000 T, soit un nouveau record en termes de valeur et ce, malgré la crise sanitaire de la covid-19.