Macron, quatre années à tenir!

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Mustapha Tossa

Les images de violences qui jalonnent à chaque fois les manifestations en France, le degré de détermination de certains groupes politiques à montrer leur opposition aux réformes proposées par Emmanuel Macron, renseignent avant tout sur une ambiance de rupture permanente qui se saisit de la France une année uniquement après le début du second mandat du président.

Une défiance inédite à l’égard du pouvoir dont on avait déjà un avant goût lors du premier mandat avec le phénomène des gilets jaunes. Sauf qu’à cette période, Emmanuel Macron pouvait compter sur une majorité absolue à l’Assemblée Nationale et la possibilité d’être réélu pour un second mandat. Aujourd’hui, les pouvoirs législatifs du gouvernement d’Élisabeth Borne sont liés pour cause d’absence de majorité absolue et Emmanuel Macron, de par la constitution ne pourra pas envisager un troisième mandat.

Ainsi pour le président de la république s’impose le parcours sinueux, difficile, des autres années qui lui restent de ce mandat. Ou il se résigne à ne plus proposer de grandes réformes qui nécessitent l’aval d’une majorité de Français et gère le temps qui lui reste dans l’inaction en attendant la délivrance des prochaines présidentielles, ou il agit comme son tempérament et son ambition le dictent et se heurte à une réalité politique et syndicale qui est défavorable, pour ne pas dire hostile.

Un premier test révélateur de cette situation a été joué autour du projet de loi sur l’immigration qui aurait dû être proposé au parlement et qui, sous l’effet du rejet violent de la réforme sur la retraite, a été reporté à plusieurs fois. Il a d’ailleurs provoqué des dissensions visibles dans la presse entre la première ministre Elisabeth Borne et le président Emmanuel Macron. La première proposait un report pour clamer les esprits, le second voulait passer en force sur une sujet aussi clivant que l’immigration.

En effet ce nouveau projet de loi sur l’immigration, dans son volet régularisation massive, pourrait donner du grain à moudre pour l’extrême droite de Marine Le Pen pour labourer davantage le terrain et exploiter son discours de diabolisation de l’immigration, et à la droite républicaine des raisons de s’éloigner de la majorité présidentielle.

Pour sortir de l’impasse qui s’annonce pour les quatre années qui restent, Emmanuel Macron et son gouvernement misent sur l’essoufflement de ces mouvements de contestation. Le temps finirait par rendre les manifestions moins massives et donc moins violentes et poussera les Français à accepter le fait accompli. Sauf que ce pari est risqué à partir du moment où il y a des forces politiques, à gauche comme à droite, qui considèrent qu’elles sont déjà en campagne électorale pour succéder à Emmanuel Macron à l’Elysée. L’accalmie et le retour à la normale dont rêve le président de la république paraît aujourd’hui impossible à réaliser.

Cette situation pousse à réfléchir sur les cartes dont dispose Emmanuel Macron pour sortir de cette dichotomie qui caractérise dorénavant sa gouvernance entre paralysie parlementaire et défiance permanente de la rue.

Il y a d’abord celle qui consiste à changer de premier ministre et de gouvernement. Cette piste a été implicitement évoquée lorsqu’Emmanuel Macron avait fixé un ultimatum de cent jours à Elisabeth Borne. Le nouveau premier ministre devait apporter dans ses bagages la possibilité de bénéficier d’une majorité absolue au parlement. Ce qui limite largement les choix de Macron et l’oblige à piocher son futur premier ministre dans les rangs du parti des républicains en visant ouvertement de faire main basse sur leur précieux groupe parlementaire.

La seconde carte qui est pour le moment exclue est celle de la dissolution du parlement et de la convocation d’élections législatives anticipées. Exclue car existe encore une conviction profonde qu’Emmanuel Macron ne pourra pas conquérir une majorité absolue dans le contexte de défiance et de rupture qu’il est en train de vivre. Mais cette solution reste pertinente dans l’arsenal présidentiel car elle pourrait rebattre les cartes du paysage politique et créer de nouvelles situations plus dynamisantes pour les scrutins à venir.

Il y a une donnée incontestable. Emmanuel Macron n’a pas le tempérament de subir sans réagir. Il ne pourra pas envisager de passer les quatre années qui lui restent, les mains ligotées, impuissant, à l’Élysée. Il pourrait facilement être tenté par une grande opération qui pourrait réécrire l’ensemble de la partition politique française dans ce contexte de crise.

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