Crise énergétique : L’Europe tente d’amortir le choc
L’Europe semble se résoudre à l’évidence : Il y aura bel et bien une crise énergétique cet hiver. À défaut de pouvoir l’éviter -les besoins dépassant largement les approvisionnements sécurisés jusqu’au là-, les 27 remuent ciel et mer pour tenter d’amortir le choc.
Quand bien même les assurances des responsables européens fusent de partout, les consommateurs, particuliers et opérateurs économiques, durement frappés au portefeuille, vont devoir se contenter de ce qu’offre le champ du possible. Faute de grives, on mange des merles, dira-t-on.
La Commission européenne, décidée à prendre les devants –comme lors de la crise du Covid19-, a, pour le moment, dégainé deux grandes mesures, les principales cordes de son arc : Une taxe sur les superprofits des entreprises énergétiques et un plan de réduction de la consommation d’électricité.
Face en effet à cette situation critique, que personne ne s’attend à ce qu’elle s’améliore dans un avenir proche, la Commission parle de « mesures ciblées et temporaires ». Car, il faudra, selon sa présidente, Ursula Von der Leyen, qui déroulait, mercredi à Strasbourg, le traditionnel discours très attendu sur « l’état de l’Union », « assurer notre sécurité d’approvisionnement et, dans le même temps, assurer notre compétitivité au niveau mondial ».
La première proposition de l’Exécutif, qui ne devrait pas rencontrer trop d’embûches sur le chemin de sa mise en œuvre, consiste en la mise en place d’un plan de réduction de la consommation d’électricité, laquelle devrait contribuer à faire baisser les prix.
La CE suggère aux 27 une réduction de 10% de la demande globale d’électricité jusqu’au 31 mars 2023, sur une base volontaire. Les consommateurs –professionnels et particuliers- seront bien évidemment mis à contribution. Des campagnes de communication les invitant à davantage de sobriété électrique seront lancées incessamment.
D’autre part, Bruxelles exige une réduction obligatoire, à hauteur de 5% de la consommation d’électricité pendant les heures de pointe, durant lesquelles les prix sont les plus élevés. La Consommation laisse à cet égard aux Etats membres la liberté de choisir les mesures à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif.
La seconde proposition de l’Exécutif, relative à la captation des surprofits, comprend deux volets. Il est question d’abord de cibler les producteurs d’électricité dont les coûts sont restés « bas » (centrales nucléaires, solaire, éolien, biomasse, lignite…). Ceux-ci, en raison du poids du gaz dans la fixation du prix de l’électricité, ont engrangé d’importants bénéfices « inattendus’’ ou ‘’surprofits ».
Les revenus qui seront générés par la vente de cette électricité bas carbone pourront ainsi être captés par les Etats membres et redirigés vers des mesures d’aide pour les consommateurs ou des investissements dans les énergies renouvelables.
L’autre mesure concerne l’instauration d’une « proposition de crise », imposée aux entreprises gazières, pétrolières et du charbon, qui ont largement tiré profit de l’explosion des cours des énergies fossiles. Le montant -qui pourrait d’ailleurs être ajusté par les Etats membres- est fixé à 33% des bénéfices excédant 120% de la moyenne des profits réalisés sur les trois dernières années.
Ces deux mécanismes pourraient rapporter un montant de 140 à 142 milliards d’euros aux 27. L’estimation de la proposition de crise atteindrait les 25 milliards d’euros, tandis que le premier mécanisme, dit « price cap », devrait engranger pas moins de 117 milliards d’euros.
Si ces mesures ont en partie répondu aux attentes des Etats membres, reste l’épineuse question du plafonnement des prix du gaz. La Commission ne s’est finalement pas avancée sur ce sujet délicat, qui divise les Etats membres de l’UE, dont les intérêts sont contradictoires.
Certains disent que la CE voudrait plafonner le prix du gaz russe, moins pour réduire la facture que pour frapper Moscou au portefeuille. Des Etats, comme la Slovaquie, la République tchèque et la Hongrie, totalement ou largement dépendantes du gaz russe, y sont opposés. D’autres sont favorables à un plafonnement général du prix des importations de gaz. C’est le cas par exemple de la Belgique.
La Commission tergiverse, cherchant à ficeler un compromis, qui ne sera une sinécure. « Le travail est en cours. Nous mettrons au point un ensemble de mesures qui tiennent compte de la spécificité de notre relation avec les fournisseurs », assure Ursula Von der Leyen.
Toutefois, l’Exécutif ne s’engage pas à ce qu’une proposition de plafonnement soit déposée sur la table du Conseil des ministres de l’énergie des 27, le 30 septembre. Beaucoup en effet n’y croient pas, car sans une centralisation des achats de gaz par les 27, comme pour les vaccins, et pouvoir ainsi proposer aux producteurs de gros volumes et des contrats à long terme, ces derniers continueront à vendre au plus offrant. Or, pour l’instant, les pays européens préfèrent faire cavalier seul et se font concurrence, entre eux !
MAP / Morad Khanchouli