Commerce mondial : Les perspectives s’assombrissent
Alors qu’un vent d’optimisme commençait à souffler sur l’économie mondiale après une période de grave crise liée au coronavirus, le rebond post-Covid tant espéré tend désormais à s’estomper sur fond des ruptures des produits alimentaires et d’énergie, et le renchérissement de leurs prix, amenant les économistes à réévaluer à la baisse leurs projections pour le commerce mondial.
Ayant pratiquement disparu depuis de nombreuses années, l’inflation a fait son retour avec des prix des denrées alimentaires avoisinant des sommets rarement atteints, au moment où les cours des hydrocarbures risquent davantage d’exploser si l’Europe et les États-Unis décident d’un embargo total sur le pétrole et le gaz russes.
Et pour ne rien arranger, les confinements imposés par la Chine dans ses centres urbains pour lutter contre la propagation du coronavirus risquent encore de perturber des chaînes d’approvisionnement en produits essentiels, aggravant la spirale inflationniste au pire moment. Les États-Unis, pour leur part, sont menacés par une inflation qui frisera bientôt les 10%.
Dans ce contexte, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avance que la situation actuelle « met en péril la reprise fragile du commerce mondial », avec un risque de réduction de moitié de la croissance espérée en 2022 et, à long terme, une « désintégration de l’économie mondiale ».
L’Organisation table en effet désormais sur une croissance du volume du commerce des marchandises de 3% en 2022, contre 4,7% auparavant, et 3,4% en 2023, mais ces estimations sont moins certaines que d’habitude en raison de la nature imprévisible du conflit en Ukraine.
L’OMC explique que l’impact économique le plus immédiat de la crise dans ce pays a été une forte hausse des prix des produits de base. « Malgré leurs faibles parts dans le commerce et la production au niveau mondial, la Russie et l’Ukraine sont des fournisseurs majeurs de produits essentiels, y compris les produits alimentaires, l’énergie et les engrais, dont l’approvisionnement est maintenant menacé par la guerre », résume l’institution basée à Genève.
Les expéditions de céréales via les ports de la mer Noire ont déjà été stoppées, ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la sécurité alimentaire dans les pays pauvres, préviennent les économistes de l’OMC.
Pour ce qui est de la Chine, l’OMC souligne que les confinements « perturbent de nouveau le commerce maritime, à un moment où les pressions dans les chaînes d’approvisionnement semblaient s’atténuer ». « Cela pourrait conduire à de nouvelles pénuries d’intrants manufacturiers et à une inflation plus élevée », met en garde l’organisation.
« La guerre en Ukraine a engendré d’immenses souffrances humaines, mais elle a également endommagé l’économie mondiale à un moment critique. Son impact se fera sentir dans le monde entier, en particulier dans les pays à faible revenu, où les produits alimentaires représentent une large proportion des dépenses des ménages », a dit la directrice générale Ngozi Okonjo-Iweala.
Elle a ajouté que les gouvernements et les organisations multilatérales devaient travailler ensemble pour faciliter les échanges à un moment où de fortes pressions inflationnistes sur les approvisionnements en produits essentiels augmentaient les pressions sur les chaînes d’approvisionnement.
« L’histoire nous enseigne que le fait de diviser l’économie mondiale en blocs rivaux et de tourner le dos aux pays les plus pauvres ne conduit ni à la prospérité, ni à la paix », a-t-elle indiqué.
Avec peu de données solides sur l’impact économique du conflit, les économistes formulent des hypothèses sur la croissance du PIB en 2022 et 2023, en prenant en compte l’augmentation des coûts du commerce, l’impact des sanctions visant la Russie, y compris l’exclusion de banques russes du système de règlement SWIFT, outre la baisse de la demande globale dans le reste du monde en raison de la perte de confiance des milieux d’affaires/des consommateurs et de l’incertitude croissante.
Selon ces hypothèses, le PIB mondial aux taux de change du marché devrait augmenter de 2,8% en 2022, soit une baisse de 1,3 % par rapport aux prévisions précédentes, à savoir 4,1%.
Étant donné les hypothèses actuelles concernant le PIB, la croissance du volume du commerce des marchandises en 2022 pourrait se situer entre 0,5% et 5,5%, selon l’OMC.
Le commerce des services sera également affecté par le conflit en Ukraine, y compris dans le secteur des transports, qui comprend le transport de conteneurs et le transport de passagers par voie aérienne.
MAP / Taoufik El Bouchtaoui