C’est une évidence. Le Maroc fait face à une importante pénurie d’eau, causée en particulier par la faiblesse des précipitations. Ce dernier élément a gravement impacté la saison agricole au Maroc, conduisant, entre autres, à la hausse des prix. Même les nappes phréatiques, qui représentent les réserves stratégiques nationales comme l’affirme l’écologiste, Mohammed Benatta, ont été touchées en raison notamment de la surexploitation par les grands producteurs agricoles.
Si cette pénurie d’eau et la sécheresse inquiète autant au Maroc, et dans la région de l’Afrique du Nord en général, dont l’économie dépend en grande partie de l’activité agricole, ce phénomène alarme le monde entier, et fait craindre de graves conflits notamment interrégionaux.
Le Maroc, conscient depuis un moment déjà de cette problématique, a commencé à mobiliser les départements concernés pour une bonne gestion de l’eau, la mise en place de stratégies adéquates, et l’approvisionnement régulier des douze régions du Royaume, tout en soutenant les agriculteurs dans cette passe difficile.
En ce mois de mars, au siège des Nations Unies à New York, 10.000 ministres, délégués, techniciens et spécialistes de la gestion de l’eau se sont ainsi penchés, sur ce problème planétaire, lors de la première conférence universelle de l’ONU sur l’eau depuis 1977.
Il s’agit notamment de contribuer à la réalisation de l’objectif de développement durable consistant à garantir l’accès de tous, à des services d’alimentation en eau et d’assainissement (ODD 6), ainsi que les autres objectifs et cibles connexes du Programme de développement durable à l’horizon 2030.
Le ministre de l’Equipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a également pris part à cet évènement. Évoquant le développement durable dans la région arabe lors d’un évènement parallèle organisé en marge de la Conférence de l’ONU, le ministre a souligné que le Maroc veut renforcer la coopération commune, à travers le partage des expertises et le développement des capacités nationales en matière de gestion des ressources hydriques.
Tout en exposant les grandes lignes de la stratégie mise en œuvre par le Maroc en matière de gestion intégrée des ressources en eau, le ministre a notamment souligné que le Maroc, sous le leadership du Roi Mohammed VI, a réussi à travers sa politique nationale à satisfaire ses besoins en eau, grâce notamment à la mise à niveau des infrastructures.
Ainsi, un mémorandum d’entente visant à renforcer la coopération dans les domaines liés à la gestion durable et intégrée des ressources en eau, a été signé en marge de la Conférences des Nations Unies, par le ministre Baraka et le ministre néerlandais de l’Infrastructure et la gestion de l’eau, Mark Harbers.
Les deux parties se sont engagés, en vertu du mémorandum, à développer la coopération bilatérale dans le domaine des ressources en eau sur la base des principes de l’égalité des droits, de l’équité, de respect de la souveraineté et d’avantages mutuels.
Au terme de cet accord, les deux pays entendent coopérer dans les domaines de l’approvisionnement en eau, la collecte et la valorisation des eaux pluviales, le dessalement d’eau de mer, la déminéralisation des eaux saumâtres, le traitement et la réutilisation des eaux usées traitées, ainsi que l’utilisation efficiente de l’eau.
La coopération entre les deux parties sera axée aussi sur la télégestion des nappes souterraines et des ressources en eau, la réduction de l’utilisation de l’eau dans le contexte de l’industrie, la consommation domestique, l’agriculture et horticulture climato-intelligent, la protection contre les inondations et la gouvernance.
Production de céréales résistantes à la sécheresse
Depuis toujours, le Maroc a été exposé à des épisodes de sécheresse, qui sont devenus de plus en plus intenses au fil des années, en raison surtout du changement climatique. En 2021-2022, le Maroc a perdu quelque 69 % de sa production céréalière. Un coup dur pour le secteur agricole et pour l’économie nationale.
Pour se protéger contre ce phénomène et anticiper les dégâts, des céréales plus résistantes à la sécheresse ont été développées au Maroc. Elles sont issues de grains ancestraux qui ont survécu durant des milliers d’années, dans plusieurs régions du monde et dans des conditions climatiques difficiles, sans intervention humaine. Sur la base de leurs traits génétiques, de nouvelles variétés ont pu être créées.
En effet, dans le cadre du projet DIIVA-PR , financé par le Crop Trust, branche de l’ONU consacrée à la recherche agricole internationale, l’ICARDA au Maroc (Centre international de recherche agricole dans les zones arides) a annoncé le développement de six nouvelles variétés de blé dur et d’orge.
Ces nouvelles variétés de blé dur (Nachit, Jabal et Jawahir) et d’orge (Chiffa, Assiya et Khnata) offrent un meilleur rendement et ont de meilleures valeurs nutritionnelles, en plus d’être plus tolérantes aux épisodes de sécheresse. Dans les détails, ces variétés ont été développées après dix ans de recherche, en utilisant les ressources génétiques de grains ancestraux, conservés dans la banque de gènes d’ICARDA à Rabat.
En collaboration donc avec ceux de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), les chercheurs de l’ICARDA ont testé ces graines dans des sols marocains arides, exposés à des sécheresses sévères pendant plusieurs années, ce qui fait que seules les variétés les plus résistantes ont été semées.
Par la suite, ces variétés ont été récoltées par des agriculteurs d’une trentaine d’exploitations agricoles. Et c’est les six semences précitées, qui répondaient le mieux aux attentes des agriculteurs et des scientifiques, qui ont finalement été sélectionnées et seront bientôt disponibles pour être cultivées dans tout le pays.