Après le rachat de Crédit Suisse, une page se tourne dans l’histoire du système bancaire suisse. Une fierté helvétique qui a toujours été synonyme de confiance, de stabilité et de faste, faisant l’attrait du pays comme centre financier international.
L’opération a eu lieu en urgence durant le weekend, car il était impensable que la semaine débute sans qu’une solution ne soit sur la table pour le sauvetage d’un fleuron suisse, avec le risque de voir la panique s’emparer des marchés financiers et ouvrir la voie à un redoutable effet domino.
La reprise de la deuxième banque du pays par le leader suisse UBS a mis un terme à une histoire vieille de 167 ans, qui a débuté à l’apogée du développement industriel et économique suisse durant la deuxième moitié du 19e siècle. Récit d’une réussite qui, des décennies durant, était présenté comme un exemple de résilience face aux guerres et aux crises économiques qu’a traversé le monde en près de deux siècles. Voilà pourquoi, la ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, a déclaré que le Crédit Suisse était trop gros pour faire faillite et que sa banqueroute aurait pu provoquer « des dommages économiques irréparables », en Suisse et partout dans le monde. Pour faciliter le rachat, la Confédération a accordé une garantie de 9 milliards de francs à UBS, l’objectif étant de réduire les risques que ce rachat lui fait courir. La Banque centrale a, par ailleurs, alloué des aides importantes aux deux banques sous la forme de liquidités allant jusqu’à 100 milliards de francs.
Depuis des mois, l’actualité économiques était marquée par des informations peu rassurantes en provenance du Crédit Suisse. La banque, qui a lancé un vaste programme de restructuration, avait annoncé la fermeture de 14 de ses 109 agences dans la Confédération et une perte abyssale l’année dernière, s’élevant à 7,3 milliards de francs, outre une succession de scandales qui sont venus saccader la réputation du géant bancaire.
L’effondrement de la Silicon Valley Bank (SVB) en Californie, le plus grand prêteur américain à faire faillite en plus de dix ans, a sonné le glas de l’institution suisse, rappelant au monde de la finance les scènes chaotiques de la crise de 2008.
L’opération de sauvetage a permis au marché de pousser un ouf de soulagement et les mesures d’urgence prises pour apaiser les craintes sur Crédit Suisse et la tension sur le système bancaire ont permis aux Bourses de rebondir. Mais cela n’a pas suffi à calmer les craintes des plus pessimistes sur les effets à long terme de cette fusion.
La confiance est la monnaie principale du système financier et les Suisses craignent que ces déboires impactent les investissements internationaux et la réputation du système bancaire helvétique.
Par ailleurs, cette fusion entre deux monuments donne lieu à un géant bancaire, puisqu’au 72.600 salariés d’UBS, viennent s’ajouter les 50.000 du Crédit Suisse. Ce qui ne manque pas de susciter des craintes pour les emplois et les promesses du gouvernement ne seront surement pas suffisantes à rassurer les salariés des deux banques. Les syndicats se sont d’ailleurs empressés d’exiger le maintien des emplois et des mesures de prévention.
Au niveau de la scène partisane locale, Mark Livingston relève sur le portail « Swiss.info » que les partis politiques de gauche mènent la charge pour de nouvelles réformes du secteur bancaire. Ils proposent notamment de donner au régulateur des marchés plus de moyens financiers et la possibilité d’imposer des amendes aux banques fautives. Des demandes plus draconiennes ont également été formulées pour que les dirigeants des banques soient traduits en justice et jetés en prison s’ils enfreignent les règles de manière flagrante.
Une nouvelle fois, l’étau se resserre sur les directeurs bancaires qui n’hésitent pas à prendre des risques conséquents. Or, la Suisse doit une grande partie de sa prospérité à ces paris risqués et fera tout pour préserver un pôle majeur de sa croissance et de son attractivité.