Belgique : L’accueil des demandeurs d’asile, un casse-tête à n’en pas finir

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La Belgique est de nouveau confrontée à une crise de manque de places d’hébergement pour les demandeurs d’asile, un dossier humanitaire aux relents politiques qui constitue un vrai casse-tête pour le gouvernement.

Le phénomène a pris une ampleur médiatique ces dernières semaines lorsqu’un campement de fortune des demandeurs d’asile s’est installé le long du canal de Bruxelles, avant d’être partiellement évacué. Mais selon les observateurs, le problème va bien au-delà.

En effet, évacuer des campements ne signifie souvent que pousser involontairement les réfugiés vers d’autres squats à travers la capitale, à l’air libre ou dans des immeubles abandonnés, à n’en pas finir. Les solutions d’hébergement étant insuffisantes pour accueillir tous les demandeurs d’asile, dont le nombre ne cesse d’augmenter.

Les autorités belges affirment que le pays a reçu l’année dernière 100.000 demandes de protection, mais les deux tiers concernent des ressortissants ukrainiens qui bénéficient directement du statut de réfugiés. Un chiffre record qui place la Belgique au 7ème rang de l’Union européenne en matière d’accueil des réfugiés.

Le réseau d’accueil est saturé malgré quelque 8.000 places déjà activées, et selon les ONG, quelque 2.400 demandeurs sont sur la liste d’attente pour bénéficier d’une place d’accueil. Une situation qui rappelle la crise de l’accueil de 2015, survenue dans le sillage de la guerre en Syrie et du flux de réfugiés qu’elle a engendrée.

De nombreux demandeurs restent donc à la rue, une situation qui a valu à la Belgique plusieurs milliers de condamnations judiciaires assorties d’astreintes et a créé des tensions au sein de la « Vivaldi », la majorité hétéroclite au pouvoir.

Le gouvernement fédéral semble toutefois déterminé à ne pas laisser la situation s’enliser et a multiplié les négociations et les concertations, pour trouver une solution acceptable pour les différentes composantes de la majorité, dans un pays marqué par la fragilité des équilibres au sein de ses gouvernements fédéral et régionaux.

Après de longues négociations, le gouvernement a enfin pu annoncer, récemment, un accord prévoyant la création ou la libération de 4.000 places dans les prochains mois, dont 700 places via des unités de logements mobiles fournies par l’Agence européenne de l’asile.

Le gouvernement fédéral veut aussi augmenter les financements accordés aux communes pour la création d’initiatives locales d’accueil, en plus de mesures pour faire sortir du réseau d’accueil des demandeurs qui ne devraient plus s’y trouver. Ainsi, les personnes qui reçoivent une décision négative devront quitter le réseau dans un délai de 30 jours.

Des solutions seront également mises en œuvre pour les personnes qui se trouvent dans une « longue procédure d’asile », soit plus de 3 ans dans un centre, afin de les en faire sortir en leur octroyant un titre de séjour autonome.

De même, les parents de réfugiés mineurs obtiendront un droit de séjour, et les apatrides verront eux aussi leur situation s’améliorer.

La secrétaire d’État à l’Asile, Nicole de Moor, s’est félicitée de l’accord conclu au sein du gouvernement, qui vise à la fois à mieux contrôler la migration et accorder une plus grande protection dans certains cas.

« Une étape importante est franchie », a-t-elle souligné, notant toutefois que du chemin reste encore à parcourir, notamment pour poursuivre le travail à l’échelon européen et élaborer le nouveau Code de la migration.

Le Premier ministre, Alexander De Croo, s’est lui aussi félicité de cet accord, conclu sur « un dossier difficile mais dans lequel sept partis ont pu se mettre d’accord ». Il a, dans la foulée, réaffirmé qu’il n’y aura pas de régularisation collective.

Ce vent d’optimisme n’est pas partagé par les ONG, qui voient avec scepticisme ce nouvel accord. « Ça fait 18 mois que des annonces sont faites, 18 mois que cette crise de l’accueil prend des proportions qu’on a rarement connues en Belgique. Cela touche des publics très vulnérables parfois. On espère que ce n’est pas de nouveau qu’un effet d’annonce », a déclaré Sotieta Ngo, directrice générale de l’association Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers).

En attendant que les promesses se traduisent dans les faits, les associations pour sans-papiers ont demandé lundi l’activation du plan fédéral de crise, pour régler la situation des demandeurs d’asile occupant un bâtiment en travaux aux abords de la gare du Nord à Bruxelles.

Il s’agit de venir en aide aux personnes dans le bâtiment et leur trouver une solution de logement, faute de quoi les demandeurs d’asile risquent d’être constamment évacués, a-t-on alerté.

 

MAP / Hicham Boumehdi

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