Interview de M Mounir Houari, Directeur général du Centre régional d’investissement de la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab.(dakhlaspotonline)
Question : Comment l’ouverture d’un consulat américain à vocation économique à Dakhla va-t-elle contribuer au repositionnement de la Région de Dakhla Oued Eddahab dans la carte économique de l’Afrique ?
Mounir Houari : Nous nous réjouissant de cet évènement et cette importante décision. D’ailleurs, nous ressentons déjà son impact au niveau du CRI et la confiance que cette décision inspire auprès des investisseurs. Également, un bon nombre d’investisseurs locaux et étrangers ont activé leurs démarches de prospection et évaluation des opportunités d’investissement dans la Région. Par railleur cette décision américaine de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud, incitera les investisseurs américains à se mobiliser fortement car cela constitue pour eux un gage de confiance et de sécurité. Elle favorisera aussi l’ouverture et l’accessibilité aux instruments de financement américain. Par ailleurs, elle va permettre aux banques et aux fonds d’investissement américains d’effectuer des levées de fonds, de façon à accompagner des projets qui se réalisent dans les provinces du Sud.
A titre d’illustration, lors de notre accompagnement d’un investisseur américain pour la mise en place d’un parc éolien de 900 mégawatts, qui va permettre d’alimenter un data center utilisant la technologie de la blockchain, la reconnaissance américaine a permis à l’investisseur l’accès au financement aux Etats-Unis
Question : Quels sont les efforts du CRI DOE pour faciliter l’acte d’investir ?
Mounir Houari : La réforme qu’ont connu les CRI a touché le fond des problématiques liées au climat d’investissement au Maroc. Consacrée par la loi 47-18, aujourd’hui, au CRI, nous savons qui fait quoi ? quand ? et comment ? Cette réforme est venue suite au Discours du Trône de Sa Majesté le Roi Mohammed 6 du 29/07/2018dans lequel il a reproché aux CRI de ne pas être facilitateurs et catalyseurs pour les investissements comme veut leur raison d’être depuis 2002 selon la lettre royale du 9 janvier 2002.
La nouvelle configuration du CRI, permet un accompagnement du projet dans toutes ses phases par un service habilité, avec tous les mécanismes nécessaires pour ce faire.
L’organigramme actuel des CRI se composede deux pôles : Le premier est le pôle « maison de l’investisseur » et qui se charge à travers ses 9 services d’accompagner l’investisseur dans la mise en place de son projet sur la plateforme CRI-Invest.ma, qui est aujourd’hui le canal digital unique pour le dépôt et suivi de dossiers d’investissements. Ce pôle accompagne également l’investisseur dans l’octroi de ses actes administratifs en assurant à sa place toutes les démarches auprès des administrations. Dans ce sens, j’invite toute personne, ayant l’idée d’un projet en tête, de se rendre dans nos locaux pour en discuter avec un de nos cadres.
La plateforme CRI-Invest a permis une dématérialisation totale du processus d’investissement, ce qui a permis de gagner des points sur plusieurs volets qui étais problématiques à un passé proche, notamment : La transparence dans les documents demandés pour chaque procédure, les délais qui sont passés de 128 jours à 28 jours seulement pour la production de l’acte lié à une procédure …
Le deuxième pôle étant celui de « l’impulsion et offre territorial » intervient en amont pour justement préparer le terrain à l’investisseur potentiel et être un canal fluide entre l’investisseur « curieux » et le pôle maison de l’investisseur. Et c’est là où se concentre la grande majorité des efforts du CRI Dakhla Oued Eddahab. Les éléments de l’offre territoriale sont en train de se créer, en harmonie avec le contexte régional, comme par exemple : La coordination avec les administrations qui devient très fluide, chose qui facilite le passage d’un dossier en CRUI (Commission Régionale Unifiée d’Investissement), le rapprochement des lauréats des écoles de la Région et leur rétention avec des actions d’accompagnement soit pour la mise en place de leurs propres projets ou bien leur insertion dans des sociétés de la Région, l’organisation des weekends de prospection à travers lesquels nous recevons chaque dernier weekend du mois un échantillon trié d’investisseurs intéressés par la Région de Dakhla Oued Eddahab et on leurs prévoit un programme adapté B2B qui permet des rencontres avec toutes les parties prenantes y compris les Directeurs des administrations, la création d’une plateforme Digitale DakhlaConnect.Com qui permet une rencontre B2B entre les sociétés actives dans la Région et qui sont représentées sous forme d’une cartographie manipulable avec un module recherche très développé, la collecte de statistiques auprès des autres administrations et la production d’études macroéconomiques au profit des investisseurs …
Question : Quels sont les atouts et les contraintes existantes dans la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab ?
Mounir Houari : Le développement régional s’est fait de façon progressive sur plusieurs années. Le coup d’accélérateur a été le lancement par S.M le RoiMohammed 6du nouveau modèle de développement des provinces du Sud. Parmi les atouts majeurs de la région, il y a lieu de citer la position géographique. Ce qui confère à cette partie de notre pays la stature de hub pour le continent africain. Il subsiste également plusieurs atouts dans différents secteurs, notamment celui de la pêche qui est une branche prédominantedans le PIB régional. A l’échelle de la région, il existe à la fois une réelle stratégie et une forte volonté de mettre l’accent sur la valorisation des produits de la mer. L’ambition étant d’aller plus loin dans la maximisation de la valorisation en la matière. Ce qui permet une réelle progression dans la chaîne de valeurs. Aujourd’hui, la région Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche un grand potentiel dans le domaine de l’aquaculture grâce au lancement en 2015de plusieurs projets relatifs, entre autres à l’élevage des huitres et des algues. L’aquaculture et la pêche sont autant de secteurs pourvoyeurs de beaucoup d’emplois régionaux. Dans le même temps, ces branches d’activité sont susceptibles de susciter une vocation entrepreneuriale auprès des jeunes de la région.
En ce qui concerne les contraintes que présente la Région de Dakhla Oued Eddahab, elles ne sortent pas de l’ordinaire.
Mais il est bien de souligner que cette Région présente un climat d’affaires relativement maîtrisable et permet une gestion de risques plus rationnelle que sur d’autres Régions.
Le CRI essai à travers des actions de faire face à certaines contraintes comme par exemple celles liées au foncier, l’accélération de la mise en œuvre des zones d’accélération économiques, la montée en compétences et la disponibilité de la main d’œuvre qualifiée …
Question : Quelle appréciation faites-vous des projets structurants projetés et ceux en cours de réalisation ?
Mounir Houari : Il faut tout d’abord saluer l’effort qui a été réalisé par l’État en termes d’investissement, s’agissant des infrastructures sous l’égide et le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Le développement de la région, qui ne date pas d’hier, se poursuit. L’infrastructure est un élément déterminant pour encourager et attirer de nouveaux investisseurs. Dans cette perspective, les chantiers des voies expresses Tiznit-Laâyoune et Tiznit-Dakhla avancent à un rythme soutenu. Autre projet important ayant trait au secteur de l’agriculture, c‘est celui du dessalement de l’eau de mer alimentée par un parc éolien qui est en phase d’autorisation et de signature de convention d’investissement avec l’État. Ajoutez-y le grand projet du nouveau port Dakhla Atlantique, sachant qu’une zone industrielle et logistique de plus de 1000 hectares y sera annexée, sans compter la mise en chantier de zones logistiques au niveau de BirGandouz et du poste frontalier d’El Guergarat. D’autres projets sont en cours de développement, notamment dans le secteur de l’aquaculture. Souvenez-vous de ce projet qui a été dévoilé devant Sa Majesté le Roi Mohammed VI courant 2015 et qui concerne la création de 500 projets liés, entre autres, à l’élevage des huîtres, des ormeaux, des algues… Il faut souligner que la région Dakhla-Oued Eddahab abrite 80% des projets aquacoles à l’échelle nationale. Donc, autant de secteurs et de créneaux de développement assez diversifiés qui vont permettre à la région d’être une plaque tournante et de jouer un rôle de hub vers le continent africain.
Ces projets feront de Dakhla un vrai hub vers l’Afrique.
Mon appréciation ne peut être que positive, sous réserve d’aboutissement de ces projets dits structurants.
Q : Quels sont les efforts déployés par le CRI pour accompagner les jeunes porteurs de projets ?
Mounir Houari: La nouvelle loi 47-18 a doté les CRI de plusieurs prérogatives. Aujourd’hui, les TPE et PME constituent une priorité pour le CRI de la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab. Nous accompagnons plusieurs TPE et PME locales dans le cadre du programme Intelaka, quiest une réponse aux difficultés d’accès des entreprises au financement. Le CRI a conclu différents partenariats avec les experts-comptables, l’ENCG-D et l’Apebi dans l’optique de renforcer les compétences des entrepreneurs dans des domaines utiles pour la gestion d’entreprise. Plusieurs séances de formation ont été organisées au profit des entrepreneurs, qui doivent être en mesure de présenter des projets bancables aux établissements bancaires impliqués dans le Programme Intelaka. Avec nos différents partenaires, nous nous penchons également sur la mise en place d’une banque de projets innovants. Ces derniers doivent être l’émanation d’une analyse approfondie de l’écosystème régional, appelé à évoluer avec l’arrivée des projets structurants.
Concrètement, le CRI organise des journées portes ouvertes, pour différentes cibles. Organise des Formations et Workshops régulièrement avec ses partenaires, notamment avec : Le cabinet JE.Austin, L’Anapec, l’Offpt, l’ordre des experts comptables …
A l’occasion de la journée mondiale de la femme, un programme Women’Invest a été lancé et qui consiste à accompagner des femmes porteuses de projets depuis la phase idéation jusqu’au financement.
Ainsi que des investisseurs qui font appel à nos services d’accompagnement de façon individuelle et qu’on accompagne sur leurs projets.
Question : Selon vous,sur quoi faut-il travailler pour attirer les investisseurs nationaux et internationaux dans la région ?
Mounir Houari: A mon sens, il est crucial de travailler sur la chaîne de valeur des secteurs porteurs de la région. Par exemple, pour ce qui est de la pêche, une bonne partie des produits de la mer est congelée et expédiée à l’étranger sans transformation. D’où l’existence d’un réel potentiel à explorer dans le domaine de la valorisation des produits halieutiques à l’échelle régionale. Pour certains segments de la chaîne de valeur du secteur de la pêche, plusieurs produits utilisés par les acteurs locaux continuent d’être importés (Par exemple : textile professionnel). Inverser cette donne nécessite la priorisationde l’intégration verticale en créant des «business cases». Dans le domaine de la conserverie de poissons, l’on note également que les boîtes de conserve sont toujours importées. Cette situation crée des opportunités d’investissement à l’échelle régionale pour la branche de fabrication des boîtes de conserve. Le secteur de l’agriculture et celui de l’aquaculture pourront également offrir beaucoup d’opportunités d’investissement dans le secteur industriel.
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